Serge TRICOIRE – Président

Genèse du projet social de l’ADIS et création de l’association

Au début des années 1970, six associations du Puy de Dôme qui accueillaient des mineurs handicapées ont progressivement pris conscience que ceux des jeunes majeurs qui avaient conservé la possibilité d’une insertion sociale étaient trop souvent dans l’impossibilité d’accéder à un emploi, faute de structures pour les préparer et les accueillir. Cette prise de conscience est devenue d’autant plus forte et insupportable qu’elle se situait dans le bouillonnement d’idées et de projets qui animaient déjà le monde du handicap et qui devait aboutir à la première grande loi sur le handicap datée du 11 février 1975. Ce texte posait notamment pour la première fois l’obligation sanctionnée financièrement pour les entreprises du milieu ordinaire de travail d’employer un quota minimum de travailleurs handicapés, fixé à 6% de l’effectif total, et organisait de manière plus précise les procédures propres à orienter vers les entreprises les personnes handicapées qui en avait la capacité et à leur délivrer à cet effet la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH).

Pour les six associations qui avaient engagées entre elles et avec les pouvoirs publics locaux des réflexions déjà très avancées, le moment était venu de passer à l’action. C’est pourquoi le 30 octobre 1975 étaient déposés les statuts de l’association pour le développement de l’insertion socio-professionnelle des personnes handicapées (ADIS) qui comportait 9 associés : les six associations fondatrices et quatre organismes : le Conseil Général du Puy de Dôme, la caisse locale de la Mutualité Sociale Agricole, l’ANPE (devenue Pôle Emploi) et les œuvres sociales des établissements Michelin.

La conviction centrale des associations fondatrices était qu’un être humain n’est pas réductible à ses symptômes, à sa situation, à son milieu d’origine ni même à ce qu’il est à un moment donné, car un être humain peut toujours devenir différent, il peut toujours progresser. Encore faut-il lui en donner la possibilité.

C’est pourquoi la toute première action engagée par l’ADIS naissante fut de créer une équipe de préparation et de suite au reclassement (EPSR) afin de repérer les jeunes en situation de pouvoir travailler et des entreprises prêtes à les embaucher, après une période d’accompagnement. Cette équipe a très vite pu travailler avec la COTOREP et acquérir dans son domaine une expérience telle que, par la suite, il est apparu naturel qu’elle devienne le Cap Emploi du Puy de Dôme lorsque ce dispositif national a été mis en place par l’AGEFIPH.

Mais l’association, toujours en lien avec les associations fondatrices, a très vite fait le constat que certains des jeunes devenant majeurs avaient certes conservé une capacité de travail, mais pas suffisante pour accéder à une entreprise classique. Or les places offertes en atelier protégé dans le département étaient encore rares. L’ADIS s’est donc engagée dans la création d’un premier « atelier protégé », pour une quinzaine de places. Aujourd’hui, l’ADIS dispose de 3 entreprises adaptées offrant une vaste palette d’emplois permettant l’emploi de toutes sortes de handicaps. Elles y accueillent actuellement un peu plus de 250 personnes handicapées.

Au fil des années, pour porter ses valeurs de manière toujours plus efficace, l’association a continué à diversifier ses outils de placement avec la création d’un ESAT, d’un service social réservé aux personnes handicapées en recherche d’emploi et d’une entreprise de travail temporaire d’insertion (ETTI).

Ainsi, l’ADIS a progressivement inscrit son projet social dans les dispositifs nationaux créés à la suite de la loi du 11 février 1975 ou bien préexistant mais désormais ouverts aux personnes handicapées. C’était le moyen à la fois d’accéder de manière pérenne aux crédits publics et de se faire davantage connaître des pouvoirs publics, tout au trouvant par-là la possibilité de mettre en œuvre, à travers ces dispositifs sociaux et médico-sociaux, les valeurs qu’elle porte depuis sa création.

Au plan territorial, l’ADIS privilégie clairement le département du Puy de Dôme avec, en fonction des besoins d’une entreprise cliente, la possibilité d’une implantation dans un département voisin (comme l’agglomération de Vichy pour L’Oréal). Pour l’avenir, elle ne s’interdit pas une implantation ailleurs dans la région si la nécessité s’en faisait sentir.

*    *

Aujourd’hui, le projet social porté par l’ADIS est constitué de deux volets non séparables :

— le contenu «technique» du projet social, dans le champ social et médico-social,

— les valeurs qui sou tendent le volet technique de son projet social.

1 – Les composantes « techniques » du projet social de l’ADIS dans le champ social et médico-social

Deux axes ont donc été d’emblée privilégiés par l’association et restent aujourd’hui d’actualité :

– favoriser le plus largement possible l’insertion sociale de personnes en situation de handicap en les aidant à accéder à une entreprise du « milieu ordinaire » de travail : d’où l’existence de structures orientées vers le placement en entreprises du milieu ordinaire de travail : le service Cap Emploi, une ETTI et un service social propres aux demandeurs d’emploi handicapés,

– créer des emplois adaptés dans le cadre des dispositions légales et réglementaires relatives au travail protégé : de là sont nés les trois « ateliers protégés » de l’ADIS, devenus « entreprises adaptées » avec la loi du 11 février 2005, ainsi que son ESAT.

En outre, les pouvoirs publics souhaitent désormais que les personnes handicapées entrant dans un des dispositifs créés pour elles, bénéficient d’un accompagnement personnalisé tout au long de leur passage dans le dispositif. La qualité de cet accompagnement est donc devenue, pour toutes les structures de l’ADIS, un troisième axe d’effort.

— Aujourd’hui, le projet social de l’ADIS se réalise à travers les dispositifs publics du champ social et médico-social ci-après énumérés :

1- Le dispositif « CAP Emploi » organisé au plan national à raison (en principe) d’un Cap Emploi par département, partage avec Pôle Emploi la mission de placer les personnes titulaires de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) dans les entreprises du milieu ordinaire de travail, notamment (mais pas exclusivement) celles ayant une obligation d’emploi d’un quota minimal de personnes handicapées. Pendant tout le temps de leur prise en charge par Cap Emploi, les personnes handicapées doivent bénéficier de la part du service d’un accompagnement personnalisé dans leur recherche d’emploi.

2- Le dispositif « Entreprise adaptée» permet d’accueillir, avec le statut de salarié de droit commun, des personnes dont le handicap, par sa nature ou sa lourdeur, ne laisserait que peu de chances d’accéder à une entreprise du milieu normal de travail, provisoirement ou durablement, tout en leur assurant un accompagnement socio-professionnel de qualité durant leur activité de travail au sein de l’entreprise adaptée.

3- Le dispositif ESAT permet à des personnes dont le handicap est trop lourd pour avoir accès à une entreprise classique, ou même à une entreprise adaptée, de pouvoir néanmoins exercer, contre une rémunération, une activité à caractère professionnel compatible avec leur handicap. La réglementation insiste sur la qualité de l’accompagnement qui doit être assuré aux bénéficiaires des ESAT tout au long de leur séjour, en vue d’assurer un soutien médico-social et éducatif, et de favoriser leur épanouissement personnel et social.

L’ESAT de l’ADIS bénéficie d’une formule encore assez peu répandue puisque ses bénéficiaires ne sont pas regroupés ensemble mais dispersés dans les entreprises adaptées du groupe, en fonction de leurs aptitudes, et à des postes de travail correspondant à leurs possibilités.

4- Le dispositif « Insertion par l’activité économique» (IAE) peut comporter plusieurs étapes devant permettre à une personne désocialisée, handicapée ou pas, de revenir progressivement vers l’emploi. La dernière étape prend souvent la forme d’un emploi en entreprise de travail temporaire d’insertion (ETTI). C’est pourquoi l’ADIS s’est dotée d’une telle structure en 2008, réservée aux personnes handicapées, qui peuvent ainsi être placées en mission d’intérim afin de tester et valoriser leur aptitude à accéder durablement à l’emploi. Là encore, pendant la période où elles relèvent de l’ETTI, les personnes handicapées doivent faire l’objet d’un accompagnement constant.

5- Un conventionnement spécifique avec le Conseil départemental et, désormais, avec le FSE permet, depuis de nombreuses années, de faire vivre au sein de l’ADIS le service « Pôle social » qui vient compléter l’action de Cap Emploi, avec lequel il partage les mêmes locaux, afin d’aider les personnes handicapées en recherche d’emploi à lever certains freins à l’emploi qui apparaissent à l’occasion de cette recherche (problèmes de santé, de logement, d’endettement…..).

6- Le service « Conseil et formation», créé en 2013 au sein d’ADIS SERVICES SASU, a deux  vocations :

– Proposer aux salariés handicapés du groupe une formation adaptée à leurs besoins. A ce titre, ADIS SERVICES a obtenu l’agrément en tant qu’organisme de formation.
– Proposer aux entreprises du milieu ordinaire un accompagnement dans leur politique de gestion du handicap par des sensibilisations ou des formations, des mises en pratique ou des appuis ponctuels, voire des diagnostics/conseils.

Chaque structure gestionnaire d’un dispositif applique donc la réglementation propre à ce dispositif, dans sa lettre comme dans son esprit et dans le respect des valeurs de  l’ADIS.

2 – Les valeurs qui portent le projet social de l’ADIS

Le choix fait par les associations fondatrices d’inscrire l’action de l’ADIS dans l’insertion socioprofessionnelle des personnes handicapées procédait d’une préoccupation toujours actuelle : faire en sorte que celles-ci soient pleinement reconnues comme des personnes à part entière, c’est-à-dire socialement visibles dans le monde qui les entoure. Non pas assignées à  une situation anonyme et plus ou moins cachée, mais afin qu’elles prennent toute leur place dans la société. Autour de cette valeur centrale, il fallait donc décliner les actions entreprises en ce sens en termes de « valeurs » destinées à irriguer l’action au quotidien.

 

2.1 – Les valeurs humaines portées par l’ADIS

1- L’ADIS a d’abord précisé les valeurs qu’elle voulait promouvoir, en les faisant évoluer avec le temps pour correspondre aux attentes de ses salariés handicapés

 Les valeurs portées aujourd’hui par l’ADIS ont émergé d’une large consultation organisée parmi les salariés handicapés à l’occasion du 30ème anniversaire de l’association, en 2005. Elles sont au nombre de quatre : solidarité, dignité, détermination et goût de la vie.

 – La solidarité est à la fois celle qui unit les personnes non handicapées, qu’il s’agisse de l’encadrement, des administrateurs ou des partenaires, et les personnes en situation de handicap, mais aussi la solidarité qui doit relier entre elles les personnes handicapées appelées à travailler ensemble.

– La dignité repose sur l’idée qu’une personne est une multiplicité et qu’elle ne saurait se réduire à ses déficits ou à ses conditions de départ. Cette notion du respect de la dignité des personnes handicapées a été renforcée par les « attitudes » évoqué au paragraphe suivant.

– La détermination est une valeur qui s’inscrit nécessairement dans le temps pour que les actions engagées au profit des personnes handicapées portent leurs fruits. Elle demande par conséquent une mobilisation permanente et une continuité suffisante dans l’exécution. La détermination est aussi et avant tout celle des personnes en situation de handicap qui mettent tout en œuvre pour participer à la vie de la société malgré et avec leurs difficultés.

– Le goût de la vie a été choisi pour symboliser la volonté de chaque personne à aller de l’avant en toute circonstance. C’est aussi pour l’encadrement la volonté d’aider les salariés handicapés à dépasser leur handicap, en s’efforçant de créer autour d’eux un climat de confiance, de sécurité et d’ouverture à la société.

2- Dans un deuxième temps, il est apparu nécessaire d’affiner la mise en œuvre des valeurs en promouvant également de bonnes « attitudes » que les encadrants doivent avoir à l’égard des salariés, mais aussi les salariés entre eux

Trois attitudes ont été choisies : respectueuse, chaleureuse et responsable.

– Une attitude respectueuse préserve, dans les relations, la dignité des personnes en général et celle des personnes handicapées en particulier. Elle suppose de comprendre les difficultés des uns et des autres et d’en tenir compte dans l’organisation du travail et les attentes de la hiérarchie. Elle suppose aussi d’accepter la différence de l’autre, à défaut de toujours la comprendre et peut bien souvent s’exprimer par la bienveillance.

– Une attitude chaleureuse dans les relations quotidiennes participe directement du souci de promouvoir le goût de la vie chez les personnes handicapées, en mettant davantage d’humanité dans les relations interpersonnelles. Par ailleurs, cette attitude participe aussi à la relation de confiance entre nous et avec nos partenaires et nos clients.

– Une attitude responsable dans nos décisions et dans notre manière d’appréhender tous les aspects de notre travail démontre notre volonté de travailler à une société citoyenne et solidaire. Cette responsabilité se décline tant dans le respect de nos engagements, dans les choix que nous faisons, dans le professionnalisme que nous mettons en œuvre pour satisfaire nos clients, dans la transparence de notre communication, dans la part de responsabilité que prend chaque personne à la réalisation de la tâche qui lui incombe en vue d’un aboutissement collectif.

Enfin, on relèvera que lors des travaux effectués en 2015 dans le cadre de la procédure de certification ISO 9001, les auditeurs avaient également pointé, chez les salariés du groupe, leur professionnalisme, leur notion du service à travers leur sens du client, leur implication dans leur travail et leur capacité à créer entre eux des synergies, soulignant par là leur capacité d’échange.

3- La volonté de promouvoir effectivement ces valeurs s’exprime à travers la gouvernance mise en place

L’affirmation de ces valeurs n’a de réel intérêt que si elle se traduit par une organisation et des comportements qui permettent de penser que leur promotion correspond à une vraie volonté de les promouvoir. Par-delà les mots, c’est donc à travers la gouvernance mise en œuvre que peut s’exprimer cette volonté.

2.2 – Les valeurs sociales auxquelles l’ADIS est attachée

 Le conseil d’administration est attaché à la forme associative de l’ADIS

Bien entendu, cette position de principe n’est pas contradictoire avec l’autonomisation juridique des activités de type commercial en EURL, opérationnelle depuis le 1er janvier 2010 et elle est aussi compatible avec la mise en place d’une « société holding » en forme de SASU pour « fédérer » l’ensemble des activités de gestion du secteur marchand comme du secteur associatif. Elle signifie que l’association reste la « structure mère », en tant qu’associé unique des structures commerciales, mais aussi l’organe d’animation, d’impulsion  et de pilotage de l’ensemble que forme le groupe constitué autour de l’association, laquelle ne saurait exister que dans la forme associative de la loi de 1901 et dans le cadre du projet social qu’elle porte.

C’est en particulier l’association qui continue à veiller au contenu de son projet social, à sa pertinence dans le temps et à la qualité de sa mise en œuvre, ainsi qu’au respect des valeurs qui sou tendent son projet social.

L’ADIS est également attachée à son indépendance et à la liberté dont elle fait constamment preuve pour définir ses objectifs et conduire sa gestion.

Cette liberté s’exprime sur deux plans. D’abord par le refus de toute attache politique ou confessionnelle. Ensuite par le refus de diluer le pouvoir de décision dans un ensemble plus vaste dès lors que la garantie de la poursuite des objectifs initiaux ne serait pas assurée.

 — L’ADIS affirme son ancrage dans l’économie sociale.

C’est bien entendu d’abord la conséquence du choix de la forme associative, dans laquelle aucun bénéfice d’aucune sorte ne saurait, sous quelque forme que ce soit, être distribué aux sociétaires, lesquels apportent leur concours à l’association dans le cadre d’un strict bénévolat.

C’est ensuite le fait que l’association étant l’associé unique des structures du groupe, il n’y a aucun actionnaire à rémunérer et les résultats positifs résultant de l’activité des salariés restent intégralement dans le groupe, au seul profit des salariés eux-mêmes et de la préservation de leurs emplois.

C’est enfin l’affirmation de la volonté de mettre au service des personnes handicapées en recherche d’emploi des structures tournées le plus possible vers la satisfaction de leurs besoins professionnels et sociaux, à travers une gamme la plus large possible de possibilités d’accès à un emploi salarié.

Afin de satisfaire pleinement aux exigences de la loi du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire, le conseil d’administration de l’association agissant au nom de celle-ci, mais aussi comme associé unique des sociétés commerciales du groupe, a pris toutes les dispositions nécessaires pour mettre les statuts en conformité avec les prescriptions légales et obtenir à nouveau pour chacune l’agrément comme entreprise solidaire d’utilité sociale (agrément ESUS). Au-delà du respect de la lettre du texte, l’association entend, par son projet social, son projet économique et sa gouvernance, rester fidèle à l’esprit de la loi.

L’association entend se concentrer sur le projet qui est le sien : l’insertion sociale de personnes en situation de handicap par l’accès à un emploi salarié stable, si possible hors de ses structures, à défaut à l’intérieur de celles-ci.

 Elle ne souhaite donc pas évoluer vers la prise en charge d’activités intéressant les personnes handicapées dans d’autres domaines, préférant créer des partenariats avec le milieu associatif de l’agglomération clermontoise lorsqu’il s’agit ponctuellement de répondre à des besoins spécifiques de ses salariés handicapés (hébergement, aides sociales diverses …). A fortiori, elle n’entend pas aller sur d’autres champs de l’action sociale.

 — Enfin, l’ADIS entend garder un fonctionnement transparent à l’égard de tous ceux qui participent à son fonctionnement (pouvoirs publics et salariés notamment).